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Dysfonctionnement cognitif du senior
Bases de l’exploration

En Europe, 25 à 50% des chiens de compagnie sont âgés de plus de 7 ans. On les qualifie, plus ou moins tôt, de « seniors » en fonction de leur format. Si le rôle est bien de prévenir et, si possible de traiter, les maladies contemporaines du vieillissement, un volet essentiel est trop souvent négligé, celui des dysfonctions cognitives que des mesures alimentaires, hygiéniques, associées à des thérapies par le jeu, par la relation interspécifique, permettent de retarder ou d’améliorer.

Chez les chiens seniors, les modifications comportementales associées à un déficit cognitif peuvent être classées en cinq catégories :

1. La désorientation à la maison ou dans le jardin
2. La modification des interactions sociales avec les membres de la famille
3. La perte de la propreté
4. Les changements du rythme du sommeil
5. L’altération du niveau d’activité

Les trois premières catégories reflètent clairement des pertes de la mémoire et de l’apprentissage. Les changements dans le rythme du sommeil semblent indiquer une perturbation du rythme cicardien normal.

Cependant, les chiens sauvages montrent habituellement un profil d’activité crépusculaire (ils sont actifs au crépuscule et à l’aube) et l’adaptation ay rythme diurne de l’homme par les chiens domestiques représente probablement également une forme d’apprentissage, qui peut se perdre lors de déclin cognitif.


Troubles amnésiques

Outre la capacité d’apprentissage, la mémoire peut également être altérée chez les chiens seniors.

Les formes de mémoire qui semblent faire intervenir des mécanismes sensibles à l’âge comprennent la mémoire spatiale (capacité à se souvenir de l’endroit ou se trouve un aliment récompense) et la mémoire de reconnaissance d’objets (capacité à reconnaître un objet vu 10 à 120 secondes auparavant).

Cependant, il existe une grande variabilité dans l’accomplissement de ces exercices. Les chiens seniors appartiennent à l’une des trois catégories suivantes, lesquelles sont déterminées en fonction de la capacité d’apprentissage et du test de mémoire :
• Non déficients (vieillissement réussi)
• Déficients
• Gravement déficients (DCC)

Poser les bonnes questions au propriétaire représente la meilleure façon pour les vétérinaires de détecter les signes précoces du déficit cognitif chez le chien senior.


Une prévalence élevée

La prévalence du déclin des fonctions cognitives augmente de manière significative en raison du vieillissement de la population canine. Une étude réalisée par Neilson et al. A démontré que la prévalence des troubles cognitifs et du comportement augmentait significativement avec l’âge. A l’âge de 11-12ans, 28% des chiens montraient un déficit dans au moins une des cinq catégories mentionnées ci-dessus et 10% dans au moins deux catégories. A l’âge de 15-16 ans, 68% des chiens présentaient des troubles dans au moins une catégorie, et 35% avaient des troubles dans au moins deux catégories. Une étude analogue portant sur des chiens âgés de 11 à 14 ans a démontré que, sur une période de 6 à 18 mois, l’état des fonctions cognitives de presque tous les chiens soit stagnait, soit empirait.

Une étude réalisée par Landsberg et al. A comparé les raisons pour lesquelles un chien âgé de moins ou âgé de plus de 9 ans était orienté vers des spécialistes du comportement animal. Les résultats sont indiqués dans le tableau ci-dessous.

Motifs de consultation pour troubles du comportement en fonction de l’âge

  Chiens adultes (moins de 9 ans) Chiens seniors (plus de 9 ans)
Agressivité envers les humains
53 %
27%
Agressivité envers d’autres chiens
7 %
5 %
Anxiété de séparation
5 %
29 %
Autres phobies
5 %
16 %
Comportement destructeur
29 %
Souillure de la maison
23 %
Vocalises
21 %

Alors que l’agressivité est moins fréquente chez les chiens seniors, les angoisses et les phobies le sont davantage. Il a été suggéré que la perte de l’ouïe, une altération de la vue et un déclin global des capacités sensorielles pouvaient faire partie des facteurs responsables de l’augmentation de l’incidence des angoisses qui est observée chez les chiens seniors, le comportement destructeur étant un signe classique de l’anxiété de séparation.

Des troubles d’intensité variée

En vieillissant, la plupart des chiens montrent un certain déclin de l’apprentissage et de la mémoire, qui varie en fonction de l’activité considérée et qui s’apparente à celui des personnes âgées.

En outre, les chiens âgés développent une neuropathologie qui est similaire à celle observée à la fois chez les personnes présentant un vieillissement réussi et chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Comme chez l’homme, les dépôts de protéines B-amyloïdes se forment dans le cerveau du chien vieillissant, avec une distribution sélective qui varie en fonction de l’âge. Il semble exister une corrélation entre cette accumulation et les troubles du comportement observés.

De récents travaux de recherche ont démontré que :
• Les chiens seniors, de la même manière que les chiens plus jeunes, peuvent généralement apprendre des exercices simples (bien que certains chiens âgés puissent présenter d’importants troubles).
• L’apprentissage associatif simple, tel que la discrimination visuelle (par ex. apprendre qu’un objet parmi les deux présentés à l’animal recouvre un aliment récompense) reste généralement intact avec l’âge.
• Des exercices de discrimination plus complexes (par ex. la distinction basée sur la taille des objets ou sur un objet intrus) posent généralement des problèmes aux chiens vieillissants présentant un trouble manifeste.
• Les tâches dépendantes du cortex préfrontal, telles que l’apprentissage inversé (récompenses données aux animaux passant d’une réaction à un objet à une réaction à un second objet), sont également fréquemment altérées chez les chiens seniors (le cortex préfrontal est impliqué dans l’élaboration des comportements cognitifs complexes, la prise de décision et le travail vers un but précis).
• La mémoire, et particulièrement la mémoire spatiale (endroit où se trouve un aliment récompense) et la mémoire de reconnaissance d’objets (capacité à reconnaitre un objet ayant été vu 10 à 120 secondes auparavant), est également altérée chez les chiens seniors.
• La sensibilité aux contrastes (mesure du niveau auquel une image doit s’estomper pour qu’elle ne puisse plus être distinguée d’un fond uniforme) se détériore avec l’âge chez le chien, alors que la perception des formes (par ex. distinguer un triangle d’un cercle) résiste fortement à l’âge.
• Une perturbation de la région frontale et du cortex cérébral peut relâcher les contrôles qui sont responsables de l’inhibition normale du comportement, aboutissant à un comportement répétitif non fonctionnel au lieu d’une exploration orientée normale ; par exemple, lorsqu’il est est dehors dans le jardin, un chien présentant un comportement répétitif non fonctionnel peut marcher ou tourner en rond sans arrêt, alors qu’un chien avec des fonctions cognitives normales explorera habituellement toutes les zones du jardin en utilisant la vue, l’ouïe et l’odorat.

En résumé, les chiens seniors présentent :
• Une diminution de la capacité d’apprentissage
• Une diminution des capacités maximales de mémoire

Ces déficiences sont dues à l’utilisation de stratégies inefficaces et au manque de flexibilité dans la modification de ces stratégies. Ainsi, si l’on les compare aux chiens jeunes, les chiens seniors ont tendance à faire plus d’erreurs, à avoir besoin d’une période d’entrainement plus longue et à présenter une diminution de leur capacité mémorielle (cf graphique).


Diminution des capacités cognitives du chien âgé
Pourcentage d’erreurs dans l’apprentissage d’une nouvelle tâche

Nombre d’erreurs              
40              
35              
30            
25            
20            
15            
10          
5          

                                                           Jeune                           Age moyen                      Agé

                                                 (moins de 5 ans)                  (5 – 10 ans)                (plus de 10 ans)

    Apprentissage de la différentiation du format d’un objet. D’après Su et coll. (1998)

L’apprentissage et la mémoire visuo-spatiaux étant altérés plus précocement que la mémoire de reconnaissance d’objets, ces déficiences liées à l’âge n’indiquent pas nécéssairement un dysfonctionnement cognitif général.

La présence de testostérone dans le sang des chiens mâles entiers vieillissants peut ralentir la progression du déficit cognitif, au moins parmi les chiens montrant déjà les signes d’un déficit léger. On s’attendrait donc à ce que les oestrogènes aient un rôle protecteur similaire chez les femelles non stérilisées, mais les résultats obtenus n’ont pas permis de tirer de conclusions.

 

Des conseils simples à prodiguer

Même lorsque les chiens seniors montrent un certain niveau de déclin des fonctions cognitives, il n’est jamais trop tard pour leur apprendre de nouveaux jeux ! En réalité le développement cognitif est indispensable tout au long de la vie d’un chien. Des éléments de preuve suggèrent qu’un développement cognitif démarrant tôt dans la vie protège contre l’apparition du déclin des fonctions cognitives et de la démence qui sont associés à l’âge. Le praticien peut alors procéder en trois étapes :


Les conditions générales


- S’assurer que les propriétaires aient des attentes réalistes concernant les capacités de leur animal (c'est-à-dire qu’ils ne demandent pas à un chien atteint d’athrose de descendre un escalier pour se rendre à l’endroit où il doit faire ses besoins).
- Garder à l’esprit que les programmes de modification du comportement peuvent mettre plus de temps pour éduquer un chien présentant un déficit cognitif.
- S’assurer que l’environnement local de l’animal est sûr.
- Minimiser le stress du chien en respectant les horaires établis.
- Augmenter l’activité physique du chien si son état physique le permet (une activité accrue entretient le cerveau).
- Modifier l’environnement pour diminuer les facteurs déclenchants (par ex. garder le chien éloigné des visiteurs s’il s’effraie facilement).
- Sortir le chien plus fréquemment s’il a des soucis de propreté ; suggérer un recours aux couches d’incontinence pour lui donner la possibilité de faire ses besoins dans la maison et demander au propriétaire de refaire l’apprentissage de la propreté en accompagnant le chien dehors et en insistant sur le comportement qu’il souhaite voir adopter.
- Envisager un traitement pour le dysfonctionnement cognitif canin (par ex. l’Anipryl qui est composé de chlorhydrate de sélégine).


Le développement cognitif

Le maître mot est ici stimulation qui fait appel à plusieurs démarches.

Entraînement cérébral/stimulation mentale

. Jouets stimulants pour le cerveau
. Jeux de cache-cache
. Jeux d’exploration, au cours des promenades, dans le jardin ou même autour de la maison
. Au lieu de simplement lui donner ses friandises préférées, les cacher autour de la maison pour qu’il explore et les trouve.

Interaction sociale avec l’homme
Il est nécessaire de recommander aux propriétaires de passer des moments privilégiés avec leur chien : le promener en extérieur, jouer avec lui ou participer à son dressage améliorera nettement sa qualité de vie et son bien-être mental.

Interaction sociale avec les autres chiens
Les chiens sont par nature des animaux sociables. Même s’il n’y a pas d’autre chien dans la maison, il est essentiel qu’ils retrouvent, de manière quotidienne, d’autres chiens dans un environnement paisible.

Stimulation visuelle
Afin de rester actif, il est important que le cerveau reçoive un certain niveau de stimulation. La stimulation visuelle est indispensable pour le bien-être mental d’un chien. Si possible, les chiens doivent pouvoir regarder du mouvement par une fenêtre, que ce soit la route et les personnes dehors, ou des chats et des oiseaux dans le jardin. Si cela n’est pas possible, il est recommandé de laisser la télévision allumée si les propriétaires sortent pour un long moment.

Diversité – minimiser l’ennui
L’ennui est l’ennemi de la santé mentale. Les chiens doivent en permanence recevoir de nouveaux objets pour jouer : les étudier permet à leur esprit de rester actif, ce qui augmente leur qualité de vie.



L’alimentation


Quatre aspects de l’alimentation peuvent contribuer à empêcher le déclin des fonctions cognitives chez les chiens vieillissants et éventuellement aider ceux qui souffrent déjà de changements cognitifs légers. Cela comprend :
. La restriction calorique, qui contribue à ralentir le déclin des fonctions cognitives.
. Les antioxydants, qui réduisent la production de radicaux libres.
. Les acides gras, qui participent à la gestion des réactions inflammatoires.
. Les triglycérides à chaîne moyenne, qui augmentent la vigilance mentale et la mémoire en fournissant une source d’énergie alternative disponible pour les neurones.


En résumé, il est fréquent de rencontrer des degrés variables de déclin des fonctions cognitives chez les chiens seniors, la perte de mémoire et la diminution de la capacité d’apprentissage étant les changements les plus fréquemment observés. Etant donné que la plupart des propriétaires évoquent rarement les changements de comportement liés à l’âge lors des consultations, il est indispensable que les vétérinaires posent aux propriétaires de chiens seniors des questions spécifiques sur le comportement de leur animal. En effet, ils considèrent souvent ces changements comme étant inévitables et faisant partie du processus normal de vieillissement. De plus, beaucoup pensent que rien ne peut être fait pour enrayer ce déclin. Les conseils du vétérinaire sont par conséquent très précieux pour apprendre aux propriétaires ce qui peut être fait, particulièrement dans les domaines du développement cognitif (bien-être mental) et de l’alimentation.


Les questions à (se) poser

  • L’animal paraît-il désorienté dans la maison ou le jardin ? Par ex. :
    -Il se coince derrière les meubles ou dans les coins (ne se rend pas compte qu’il peut faire marche arrière).
    -Il se présente du mauvais côté de la porte (du côté des gonds) pour sortir
    -Il se perd dans des endroits familiers
    -Il erre sans but.
  • Y a-t-il des changements dans la manière dont l’animal interagit avec les membres de la famille ou les autres animaux ? Par exg :
    -Il recherche moins de caresses ou de contact auprès de ses maîtres.
    -Il est moins enthousiaste ou ne fait pas la fête lorsque ses maîtres rentrent à la maison.
    -il ne vient plus à l’appel de son nom.
    -Il passe plus de temps tout seul (plus distant).
    -Il a besoin d’aide ou demande un contact constant (très dépendant ou collant).
    -Il n’est pas content de se faire caresser.
    -Il présente des changements ou des contresens de hiérarchie sociale avec les autres animaux.
  • Y a-t-il des changements dans le rythme du sommeil de l’animal ? Par ex. :
    -Il dort plus qu’à l’habitude.
    -Il est plus souvent éveillé la nuit.
  • Y a-t-il des changements dans les niveaux d’activité ? par ex. :
    a) Augmentation ou répétition de l’activité, incluant :

    -Il regarde, fixe ou essaye de mordre les objets.
    -Il lèche les gens ou les objets inanimés.
    -Il a un plus grand appétit ou s’intéresse plus à la nourriture.
    -Il est plus actif, sans explication.
    -Il agit sans but (il marche, erre, aboie sans cesse).
    b)
    Diminution de l’activité, incluant :
    -Il n’est plus intéressé par les jouets qu’il appréciait auparavant.
    -Il n’a plus envie d’aller se promener.
    -Il n’est plus capable de faire les exercices qu’il faisait auparavant.
    -Il manque d’appétit ou se désintéresse de la nourriture.
  • Y a-t-il des changements dans ses habitudes de propreté ? Par ex. :
    -Il n’avertit plus lorsqu’il a besoin d’aller dehors.
    -Il fait ses besoins à l’intérieur, même lorsqu’il vient juste de sortir.
    -Il fait ses besoins à l’intérieur au hasard ou devant son maître.
    -Il fait ses besoins dans sa couche.
    -Il est incontinent.
  • L’animal montre t-il des signes accrus d’anxiété ? Par ex. :
    -Il est nerveux et irritable.
    -Il montre de l’anxiété à la séparation.
    -Il a un comportement destructeur.
  • Y a-t-il un changement quelconque dans l’exécution des tâches ? Par ex. :
    -Il reconnait moins bien les gens ou les animaux qui lui sont familiers.
    -Il répond moins aux ordres ou aux jeux qu’il connait.
    -Il est moins apte à réaliser des exercices.
    -IL est plus lent à apprendre de nouvelles tâches.

Sources:
  • Jill Cline, Dr vétérinaire, chercheur nutritionniste, Nestlé Purina PetCare.
  • Goldston RT. Prefice to geriatrics and gerontology. Vet et Clin. N. Am (SA Pract) 1989;19:ix-x.
  • Neilson JC, Hart BC, Cli ffKD, Ruehl WW. Prevalence of behavioural changes associated with age related cognitive impairment in dogs JAV MA 2001;218:1787-1791.
  • Landsberg GM, Hunthausen W, Ackerman L. The effects of aging on behaviour in senior pets: Elsevier science Ltd; 2003:273
  • Dyer D. The effects of aging on the behavioural healt of dogs: Spetial considerations for the aging canine population. Proceedings NAVC 2005: 29-31.
  • Milgram, NW. Cognitive Functions and Aging in the dog: acquisition of non spatial visual tasks. Beh. Neuroscience 1994; 108: 57-68.
  • Milgram, NW. Cognitive experience and its effect on age-dependent cognitive disease in beagle dogs. Neurochemical Research 2003; 28: 1677-1682.

Panier  

(vide)










             
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